
Migration et pauvrete sont certainement deux phenomenes indissociables dans la Chine contemporaine. La pauvrete reste d’actualite en Chine malgre un recul rapide rendu possible au cours des dernieres decennies par la croissance et la mise en place de politiques adaptees. En chiffres absolu (environ 30 millions de personnes), la pauvrete reste importante et se concentre dans des zones qui semblent etre exclues de la vague de prosperite occasionnee par les reformes economiques : zones rurales reculees et regions peuplees par les minorites. La pauvrete en tant que telle est seulement l’un des aspects d’une croissance desequilibree qui devient une source d’inquietude – y compris a la tete de l’Etat.
Le developpement inegal d’une region a l’autre est la cause principale de la migration de masse. Malgre le systeme de hukou, qui entrave la migration et la rend couteuse, il est admis que la populationflottante compte actuellement 100 a 150 millions d’individus. Ce constat souleve une question de fond : dans quelle mesure la migration est elle une reponse a la pauvrete dans les zones rurales? La migration ne fait-elle que deplacer la pauvrete dans les zones urbaines, generant ainsi une ‘’sous” population urbaine, ou permet-elle de l’alimenter avec les revenus des migrants?
En approfondissant differentes dimensions de la migration rurale et urbaine, l’ouvrage s’appuie sur une etude menee de 1997 a 1998 dans les comtes ruraux de la province du Shanxi. Situe au sud-ouest de Pekin, le Shanxi est une region pauvre dans laquelle 14% de la population vit sous le seuil de pauvrete. La production agricole y est faible et l’extraction de charbon l’activite principale. La province du Shanxi constitue une excellente etude de cas, bien que l’emigration y soit rarement dirigee vers les regions cotieres meridionales qui attirent traditionnellement la majorite des migrants en Chine. Des entretiens semi-directifs ont ete realises avec cent menages n’incluant pas de migrants, choisis au hasard. Les entretiens realises avec des migrants sur leur lieu de destination sont particulierements revelateurs. Le paralelle ”lieu d’origine-lieu de destination” est trop souvent neglige dans l’etude des nigrations.
Un certain nombre de traits caracteristiques des migrants sont reaffirmes : ce sont des hommes jeunes dont le niveau d’education est moyen; la presence de ”compatriotes” est deterninante pour le lieu de migration et constitue une filiere d’information, les liens entre le migrant et sa famille restent forts. Il est particulierement interessant de remarquer que les migrants sont souvent issus de menages aux revenus moyens : les plus pauvres ne peuvent se permettre le cout que represente la migration et, pour les riches, reticents a prendre des emplois ”devalorisants”.Mei Zhang evalue les revenus des migrants entre 200 et 400 euros par ans. Des revenus bien superieurs a ceux issus de l’agriculture ou ceux issus d’activites non agricoles dans la region d’origine. Malheuresement, ces revenus ne sont pas investis dans des activites agricloles ou commerciales profitables au developpement rural, la plus grande partie est investie dans la renovation et la construction des habitations.
Les migrants sont principalements employes dans le secteur de la construction mais aussi dans l’industrie houlliere et le secteur manufacturier. Environ la moitie d’entre eux travaillent dans des entreprises d’Etat. Ce sont bien sur generalement des emplois precaires et non qualifies (mineur, portier, eboueur…), mais leur revenus sont equivalents a ceux des travailleurs officiels car ils travaillent un plus grand nombre d’heures. Par ailleurs , ils ne beneficient pas des avantages sociaux octroyes aux autres travailleurs sous forme d’assurance maladie et invalidite, d’aide au logement ou de retraite.
Au final, il est possible de considerer que la migration contribue a relever les niveaux de revenu dans les zones rurales, meme si l’effet reel sur la pauvrete n’est pas clairement defini…
Publié par guillaumejouen